Repenser les stratégies de remplacement
Face aux incertitudes commerciales et logistiques, les gestionnaires de parc gagnent à repenser leur stratégie de remplacement des véhicules.
C’est le tumulte depuis la rupture des négociations commerciales avec les États-Unis, le 21 août. Jean Chrétien a d’abord fait monter la pression à Gander, puis Mark Carney a maintenu la cadence au Sommet sur l’investissement au Canada à Toronto, suivi d’une présentation très bien accueillie devant le Parlement européen à Strasbourg, en France. Le premier ministre canadien a bouclé la boucle en rencontrant Emmanuel Macron à Saint-Pierre-et-Miquelon, réaffirmant au passage les droits souverains de la France en Amérique du Nord.
Difficile de garder le fil devant la vague de publications sur les réseaux sociaux faisant l’éloge des actions audacieuses du Canada. On croise bien quelques voix dissonantes, comme cette photo de visiteurs américains à Halifax arborant des chandails « Lake America ». Mais la détermination des Canadiens à être tous sur la glace ensemble plutôt que dans les gradins, comme M. Carney l’a formulé, a été inspirante. Shannon Proudfoot a écrit dans le Globe and Mail que nous étions perçus comme « polis et condescendants, de véritables nounours aux yeux du monde. » Sauf qu’on est bel et bien vivants, et bien décidés à renverser la vapeur.

Un problème complexe pour les parcs canadiens
Les gestionnaires de parc se retrouvent dans une position délicate. Nos équipements de parc sont principalement de fabrication américaine, et l’expérience avec le matériel européen n’a pas toujours été concluante. J’ai déjà acheté des véhicules spécialisés pour la voirie auprès de fournisseurs allemands, français, britanniques, irlandais et italiens, et j’ai été plutôt déçu du service après-vente et de la disponibilité des pièces.
La situation s’améliorera-t-elle si le Canada devient membre associé de l’Union européenne ? Espérons-le. Les équipements sont bien conçus, mais en cas de bris, ils peuvent rester immobilisés pendant des semaines dans l'attente de pièces. L'impact sur les opérations est majeur, et devoir acheter un véhicule de remplacement pour pallier les manques ne fait qu'alourdir la facture du parc.
Pendant ce temps, les chaînes d’approvisionnement au Canada, aux États-Unis et au Mexique demeurent incertaines. Les fournisseurs refusent de garantir les prix et les dates de livraison. CBC News a rapporté que Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces d’automobile, a déclaré que les tarifs douaniers pourraient provoquer un effondrement du secteur automobile américain. Si un tel scénario se concrétisait, les flottes se retrouveraient dans une situation très précaire.
« Conserver des véhicules qu'on a en main et qu'on sait entretenir peut s'avérer un meilleur choix que de vendre trop tôt. »
Jeter de l’huile sur le feu
La hausse du prix du diesel mettra à rude épreuve le budget de nombreux parcs automobiles. Le recours aux réserves stratégiques nationales de carburant a permis d’atténuer l’impact du blocage des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, mais ce répit sera de courte durée. Économiser le carburant, passer au biodiesel ou amorcer le virage électrique sont des solutions complexes qui ne se déploient pas du jour au lendemain. Quant à la construction de bornes de recharge, cela exige du temps et de l'argent.
L’enjeu du diesel s’annonce encore plus corsé d’ici la fin de l’année. L’Amérique du Nord est à l’abri pour l’instant, mais les perturbations au Moyen-Orient laissent craindre des pénuries ailleurs dans le monde. Difficile de savoir jusqu’à quel point les choses vont empirer, mais la météo économique de cet automne n’a rien de réconfortant.
Des cycles de remplacement plus longs
Je pense qu’une des solutions réside dans des cycles de remplacement plus longs.
De nombreux gestionnaires de parc cherchent avant tout à maximiser la valeur de revente lorsqu'ils fixent leurs cycles de renouvellement. L’idée d'aller chercher 30 % de la valeur initiale d'un véhicule au lieu de 5 % est évidemment séduisante. Les fournisseurs de revente encouragent cette pratique, puisque leurs commissions sont souvent calculées sur le prix obtenu.
En période d’incertitude, conserver des véhicules qu'on a en main et qu'on sait entretenir peut s'avérer un meilleur choix que de vendre trop tôt pour payer le prix fort au renouvellement.


