Partager la charge
Alors que les budgets municipaux se resserrent, le partage régional d’équipement permet de maximiser l'utilisation des parcs tout en réduisant les coûts d'acquisition et d'exploitation.
La rentabilisation des équipements figure parmi les pires casse-têtes des parcs publics. Aux quatre coins du pays, les villes de petite et moyenne taille se heurtent au même problème : financer des services de flotte spécialisés à un prix raisonnable.
Lors d'une récente réunion de l'Association canadienne des directeurs municipaux (ACDM), on m'a demandé de me prononcer sur les modèles de services de parc partagés. Les participants ont souligné que les équipements de flotte, comme les niveleuses, les camions d'incendie à échelle orientable ou les véhicules lourds de déneigement, coûtent cher à l'achat et restent inutilisés la plupart du temps.
Les districts régionaux de la Colombie-Britannique ou les comtés de l'Ontario offrent déjà une piste de solution : regrouper les équipements du parc entre municipalités membres, plutôt que de laisser chaque collectivité acheter et entretenir ses propres véhicules.
À mesure que les budgets se rétrécissent et que le coût des véhicules augmente, les modèles de parc partagé retiennent davantage l'attention pour optimiser l'utilisation des fonds publics.
Rentabiliser les équipements coûteux
L'attrait des parcs partagés réside dans la réduction des coûts. Répartir le prix d'achat d'une niveleuse de 400 000 $ entre trois ou quatre municipalités est beaucoup plus réalisable pour une petite ville que d'en assumer seule le coût total.
La propriété partagée permet également d'améliorer le taux d'utilisation. Un équipement qui dormirait 300 jours par an dans un garage municipal peut ainsi servir à plusieurs collectivités, limitant le nombre d'actifs sous-utilisés.
Le modèle partagé favorise aussi les économies d'échelle. En regroupant leurs besoins, les collectivités partenaires obtiennent de meilleurs tarifs sur les pièces, le carburant et les contrats d'entretien.
Enfin, les parcs partagés permettent de financer plus facilement la transition vers des véhicules récents, hybrides ou électriques, puisque le coût initial plus élevé est réparti entre plusieurs budgets.
« Répartir le prix d'achat d'une niveleuse de 400 000 $ entre trois ou quatre municipalités est beaucoup plus réalisable pour une petite ville que d'en assumer seule le coût total. »
Les limites du modèle partagé
Tout cela s'avère très attrayant pour les petites municipalités, mais les risques en valent-ils la peine ? Les modèles partagés comportent leur part d'incertitudes : la planification, la prise de décision, la responsabilité et la géographie peuvent poser problème.
Les conflits d'horaire sont les plus fréquents. Si deux municipalités ont besoin de la même niveleuse après une tempête de neige, l'une d'entre elles doit attendre. Mais si le besoin concerne une route secondaire, ce délai d'attente peut en valoir la peine au vu des économies réalisées.
La gestion devient aussi plus complexe, car les partenaires doivent s'entendre sur le partage des frais, les priorités d'accès et la responsabilité des réparations de carrosserie, de l'entretien et du renouvellement des équipements.
La responsabilité politique constitue un autre obstacle. Comme les conseils municipaux répondent ultimement de leurs actes devant leurs propres contribuables, il peut s'avérer plus difficile de justifier des décisions prises conjointement avec des collectivités voisines.
La distance géographique joue aussi un rôle crucial. En cas d'urgence, le temps de déplacement d'un équipement stationné dans une municipalité voisine peut s'avérer trop long, ce qui limite les types d'actifs qu'il est pertinent de partager.
Les véhicules d'incendie et autres véhicules d'urgence, par exemple, sont souvent exclus des ententes formelles de mutualisation de parcs et font plutôt l'objet d'ententes d'entraide distinctes.
Un modèle à prendre en considération
Alors qu'un nombre croissant de municipalités canadiennes font face au vieillissement de leur flotte, aux retards de la chaîne d'approvisionnement et aux pressions en faveur de l'électrification, les ententes de mutualisation régionale offrent une approche prometteuse. Elles ne conviendront pas à toutes les catégories d'actifs ni à tous les territoires, mais pour l'équipement approprié, le partage, plutôt que le redoublement des achats, peut constituer un outil efficace permettant aux administrations locales de maîtriser les coûts de leur parc.


