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L’industrie de l’automobile, on le sait, est un important consommateur de composants en aluminium. Ce qui est moins connu, c’est le rôle clé que jouent les fabricants d’équipements de transport dans le marché de l’aluminium. Et avec la valse des tarifs imposés par l’administration Trump, de plus en plus de manufacturiers de fourgons et de remorques se tournent vers des entreprises canadiennes pour s’approvisionner en pièces et en composants de ce métal léger qui ne rouille pas.

Que ce soit pour la fabrication de plateformes, de citernes, de bennes ou de fourgons, les équipementiers du secteur des transports sont d’avides consommateurs d’acier et d’aluminium. Et dans la recherche constante pour fabriquer des produits plus légers et plus durables, l’aluminium a pris une place croissante dans ces équipements. Mais si le Québec et le Canada sont de grands producteurs d’aluminium brut, l’industrie canadienne de la transformation de ce noble métal peine à aller chercher des parts de marché. Dans un univers où les investissements pour produire des extrusions d’aluminium sont astronomiques et où la concurrence internationale, notamment en provenance d’Asie, est féroce, les fabricants d’équipements devaient se tourner vers des fournisseurs étrangers pour une bonne part des pièces et composantes. Tout a changé avec la guerre tarifaire déclenchée par le gouvernement américain.

« Jusqu’aux événements géopolitiques et tarifaires récents, au niveau de l’offre et de la demande, il y avait des sources très compétitives hors du Québec qui faisaient que la demande pour le produit local n’était peut-être pas suffisante pour augmenter la capacité », explique Charles Dutil, PDG de Manac, le plus grand fabricant canadien de remorques pour le transport lourd. « C’est l’environnement externe des dernières années qui fait que chez Manac, et on n’est pas les seuls, on regarde s’il n’y a pas de possibilité d’approvisionnement local, ce qui fait augmenter la demande et l’offre potentielle. Nos fournisseurs locaux se sont ajustés en fonction de la demande croissante. »

Il y a bien des extrudeurs d’aluminium au Québec et ailleurs au Canada. Mais jusqu’à tout récemment, ces entreprises fournissaient principalement l’industrie des portes et fenêtres, avec des extrusions de petite taille. Les pièces nécessaires à la fabrication de remorques étant de taille et d'épaisseur plus grandes, Manac devait donc se tourner vers des produits importés. C’était avant l’incertitude causée par le va-et-vient constant des tarifs.

« Dans les 18 derniers mois, on a eu du succès à rapatrier au Québec certaines extrusions que nous devions auparavant obtenir d’un extrudeur important du centre de la Pennsylvanie. On a des extrudeurs québécois qui ont accepté d’investir dans des presses. De notre côté, il a fallu investir dans des moules, afin de rapatrier localement la fabrication de certaines extrusions. »

Résultat : une augmentation importante du contenu canadien dans les remorques fabriquées à l’usine de Manac en Beauce.

Solidifier la chaîne d’approvisionnement

Soudure Brault en Estrie fabrique depuis plus de 40 ans des bennes et des plateformes. L’entreprise familiale se spécialise depuis sa fondation dans la construction d’équipements de transport en aluminium, un choix qui la distingue de la plupart des équipementiers. Vincent Brault, fils du fondateur, explique que l’entreprise n’a pas attendu les perturbations causées par les tarifs pour chercher à s’approvisionner en sol canadien.

« Depuis la pandémie de la COVID, nous sommes passés de 50% d’extrusions importées à 80% d’extrusions fabriquées au Canada. On a investi dans des matrices avec des extrudeurs québécois et ontariens. De plus en plus, on est capable de faire faire nos pièces ici. On est encore limités pour certaines matrices, et pour les prix dans certaines extrusions, où on doit se tourner vers les fournisseurs asiatiques ou européens. »

Les bouleversements de la chaîne d’approvisionnement durant la pandémie de la COVID-19 avaient en effet entrainé bien des maux de tête. L’entreprise devait commander jusqu’à un an de stock pour maintenir sa production, avec tout l’impact inévitable sur ses liquidités. Aujourd’hui, ses efforts pour relocaliser son approvisionnement lui permettent de réduire l’incertitude et de mieux contrôler la qualité des produits.

Même son de cloche chez le fabricant Fourgons Leclair, où l’aluminium permet de réduire le poids des fourgons et d’augmenter la capacité de chargement des camions.

« Notre chaîne d’approvisionnement en termes d’extrusions d’aluminium a grandement changé depuis les deux dernières années », explique Sébastien Leclair, vice-président aux opérations. « Nous sommes passés d’extrusions américaines à des extrusions fabriquées au Canada. »

Une capacité de production en développement

Bien que le Québec se classe au 4e rang mondial pour la production d’aluminium brut, avec près de 3 millions de tonnes par année, la transformation demeure un défi, face à une concurrence avec de nombreux marchés à rabais. La filière industrielle de l’aluminium, AluQuébec, travaille d’arrache-pied à promouvoir la transformation locale de ce métal produit ici avec l’hydroélectricité québécoise. Un défi de taille.

Face à cette concurrence et aux impacts des tarifs douaniers sur les entreprises québécoises, AluQuébec appelle les deux paliers de gouvernement à mieux soutenir les PME qui, selon l’organisme, font face à une baisse de leurs ventes et à une augmentation des coûts.

Mais malgré ce contexte difficile, l’an dernier, un important fournisseur canadien de produits de première transformation en aluminium, Magna Inoxydable & Aluminium, a pris la décision d’offrir à sa clientèle des produits transformés au Canada. Magna Aluminium Profilé exploite depuis septembre dernier une toute nouvelle usine à Salaberry-de-Valleyfield, dotée de la première ligne d’extrusion entièrement électrique en Amérique du Nord. Un pari risqué, mais destiné à assurer un approvisionnement rapide et des produits de haute qualité à la clientèle canadienne, notamment chez les fabricants d’équipements de transport.

Selon Chantal Chamberland, directrice des ventes externes chez Magna Inoxydable & Aluminium : « Notre plus gros concurrent n’est pas les États-Unis, ce sont la Malaisie et la Turquie. Quand on fabrique avec des billettes d’aluminium du Québec, avec de la machinerie à la fine pointe, il est impossible de rivaliser avec les produits importés d’Asie. Mais l’avantage des extrudeurs du Québec, c’est notre rapidité à servir notre clientèle. Ça ne prend pas six mois avant de recevoir des produits. »

Un angle mort demeure : le Canada ne possède plus de laminoir d’aluminium, pour la fabrication de métal en plaque ou en feuille, un produit fortement utilisé dans la fabrication d’équipements de transport comme les bennes et les remorques.

« AluQuébec travaille très fort pour investir dans un laminoir de cette nature, mais l’investissement requis se calculerait en milliards de dollars », nous dit Vincent Brault de Soudure Brault. Actuellement, on n’a pas le choix. On doit importer à coups de conteneurs de 40 000 livres par dimension. »

Selon les acteurs consultés, la tendance actuelle visant à réduire la dépendance aux extrudeurs étrangers devrait continuer de s’accentuer.

Une industrie névralgique

L’industrie canadienne de la fabrication d’équipements de transport représente au pays des centaines de PME qui permettent aux transporteurs et autres utilisateurs de véhicules commerciaux d’avoir accès à des remorques, fourgons et autres fabriqués au Canada, selon les normes en vigueur ici. Mais, tout comme l’ensemble des secteurs économiques, l’industrie canadienne de la fabrication d’équipements de transport est fortement touchée par les taxes douanières imposées par nos voisins du sud.

L’Association d’équipement de transport du Canada (AETC) vient récemment de mettre sur pied un comité de suivi des questions tarifaires. Les membres de l’AETC dépendent d’un approvisionnement sûr et économiquement viable en pièces et composantes, et plus particulièrement de pièces d’acier et d’aluminium. Un appui des gouvernements à la production nationale d’extrusions d’aluminium viendrait donc du même coup aider cette importante industrie à faire face tant à la hausse des coûts de production qu’à la baisse de compétitivité face à ses concurrents américains.

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