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Donner une deuxième vie aux ambulances

La remise à neuf aide les gestionnaires de services médicaux d’urgence à maximiser leurs budgets, à rentabiliser leurs aménagements ambulanciers et à mettre en service plus rapidement des véhicules de remplacement.

Pour les gestionnaires de parc de services médicaux d’urgence (SMU), remplacer une ambulance est loin d’être une tâche simple. Le remplacement de ces unités coûteuses et spécialisées exige un équilibre entre les exigences liées aux soins des patients, la fiabilité des véhicules et des budgets de plus en plus serrés.

Une option gagne du terrain : la remise à neuf d’ambulances. Cette démarche consiste à reprendre le module d’ambulance (ou l’aménagement) d’un véhicule existant pour l’installer sur un châssis neuf. « On procède souvent ainsi parce que le module peut coûter de deux à trois fois plus cher que le châssis sur lequel il est monté, et qu’un module bien construit peut survivre au châssis », explique Joe Korn, consultant chez Holman.

Marcel Fortin, directeur des ventes d’ambulances chez Demers & Crestline Ambulances, indique que le châssis est généralement le composant qui atteint en premier la fin de sa vie utile économique.

« Quand une ambulance atteint 250 000 kilomètres ou plus, c’est là que le moteur et la transmission commencent à flancher », précise M. Fortin. « Mais les aménagements ambulanciers (les boîtes) sont conçus pour durer toute une vie, soit 25 ans et plus. »

Le châssis de l’ambulance est généralement le composant qui atteint en premier la fin de sa vie utile économique. Crédit : Demers & Crestline Ambulances

Bien plus qu’un simple changement de châssis

Toutefois, pour les gestionnaires de parc, la remise à neuf ne doit pas être vue comme le simple transfert d’un ancien module sur un nouveau châssis.

M. Fortin explique que ce processus constitue une excellente occasion de remettre en état et de moderniser l’aménagement de l’ambulance. Selon les exigences du client, cela peut aller de la peinture et du revêtement de sol à la mise à niveau des équipements et des technologies de bord.

« C’est un moyen de moderniser l’ambulance sans payer le gros prix d’un véhicule neuf », ajoute-t-il.

Cette capacité à moderniser un actif existant est particulièrement intéressante pour les organisations de SMU qui possèdent des modules d’ambulance spécialisés ou coûteux. L’option est encore plus avantageuse si le module a exigé un investissement majeur, note M. Korn.

« Pour les parcs qui fonctionnent avec des budgets restreints, il est souvent très viable de déplacer le module sur un nouveau châssis afin de maximiser la durée de vie de l’unité », mentionne M. Korn. « C’est d’autant plus vrai pour les modules très complexes ou hautement sophistiqués ayant nécessité un coût initial élevé. »

Cependant, M. Korn met aussi en garde : ce travail n’est pas nécessairement simple. « Ce genre d'opération reste rare, car c'est une démarche très chronophage et relativement coûteuse », explique-t-il.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les gestionnaires de parc doivent regarder au-delà de l’écart de prix apparent entre une ambulance neuve et une remise à neuf.

Une ambulance remise à neuf permet d’économiser environ 30 à 35 % par rapport à un véhicule neuf. Crédit : Demers & Crestline Ambulances

L’aspect économique de la remise à neuf

M. Fortin estime que la remise à neuf d’une ambulance peut générer des économies d’environ 30 à 35 % comparativement à l’achat d’un véhicule neuf, selon la configuration et les options choisies.

Mais M. Fortin ne préconise pas pour autant une approche du tout au tout. Il recommande plutôt une stratégie d'approvisionnement mixte combinant des véhicules neufs et des unités remises à neuf.

« Il ne s’agit pas seulement de réduire les coûts », souligne-t-il. « Il faut comprendre que les municipalités et les clients ont généralement des budgets fixes. La remise à neuf permet d’augmenter le nombre de véhicules réintégrés dans un parc automobile sans faire exploser le budget. Vous obtenez plus de véhicules pour le même montant, plutôt que d’avoir une stratégie de remplacement axée uniquement sur le neuf. »

La remise à neuf offre aussi une solution aux problèmes de disponibilité des véhicules. M. Fortin précise qu’une remise à neuf peut généralement être effectuée en six à huit mois, comparativement à 12 à 16 mois environ pour la fabrication d’un véhicule neuf.

« La plupart des gens… ne voyaient pas la différence entre un véhicule neuf et un véhicule remis à neuf. »
- Marcel Fortin, directeur des ventes d’ambulances, Demers & Crestline Ambulances

Le choix du moment est crucial

La rentabilité financière d’une remise à neuf peut toutefois s’envoler si le gestionnaire de parc attend trop longtemps. Selon M. Fortin, l’une des erreurs les plus fréquentes consiste à laisser un véhicule potentiel se détériorer avant d’en planifier la revalorisation.

« Si une unité a été négligée et mal entretenue, je ne suis pas certain qu’elle soit la bonne candidate », indique-t-il. Dans cette situation, les frais de réparation et de remise en état peuvent dépasser le coût d’achat d’une unité neuve.

M. Korn partage cet avis et rappelle que la réfection et la réparation du module représentent souvent le « plus gros coût caché » de ce genre de projet.

« Même si un module semble en bon état, il est difficile d’évaluer pleinement l’ampleur des réparations requises avant de l’avoir retiré du châssis », explique M. Korn.

M. Fortin mentionne que son entreprise utilise un processus d’inspection rigoureux pour déterminer si l’aménagement est un bon candidat avant d’accepter un projet de remise à neuf. « Notre équipe passe en revue une liste de contrôle détaillée avec le client », dit-il.

Dans certains cas, l’inspection révèle que la remise à neuf n’est tout simplement pas rentable, ce qui permet au parc d’opter pour une autre solution avant d’avoir engagé des sommes importantes.

Ne pas négliger le fournisseur

Les deux experts insistent sur l’importance de confier les travaux à une entreprise qualifiée. M. Korn y voit d'ailleurs l’un des critères les plus critiques du processus.

« Avant même d’envisager le transfert d’un module d’ambulance sur un nouveau châssis, vous devez vous assurer qu’il existe dans votre région un équipementier qualifié capable de réaliser ce type de travaux », affirme-t-il.

La raison est simple : les aménagements ambulanciers sont complexes. « Les ateliers qui ne connaissent pas bien les subtilités liées aux modules ambulanciers risquent d'oublier des détails essentiels. Et le moindre oubli se traduit par des retouches et des frais additionnels après le transfert », ajoute M. Korn.

M. Fortin rappelle qu’il est souvent plus rassurant de faire appel au fabricant d’origine. Puisqu’il détient l’expertise d’ingénierie initiale, il est en mesure de certifier la conformité des travaux.

« Nous avons les schémas d’origine, le matériel et l’équipe d’ingénierie qui a construit l’unité initiale », explique-t-il. « Nous connaissons exactement les exigences, les composants précis, les fournisseurs et la conception à utiliser pour garantir qu’il s'agira non seulement d’une ambulance sûre et certifiée, mais aussi d’un véhicule fonctionnel capable de servir votre flotte pendant des années. »

Une solution en plein essor

La remise à neuf n’est pas un concept nouveau, mais M. Fortin note que son adoption au Canada est en forte hausse alors que les organisations de SMU cherchent des moyens de respecter leurs budgets sans compromettre la capacité de leur parc automobile.

Il estime qu’environ 20 à 25 % des ambulances actuellement livrées au Canada sont des unités remises à neuf. Plus important encore, il indique que la demande pour ce service a progressé d’environ 25 % par année au cours des trois dernières années.

Face à cette demande, Demers et Crestline Ambulances investissent pour accroître leur capacité d'atelier et ainsi maximiser le plus grand atout de cette option : la rapidité de livraison.

Toutefois, ces chiffres ne justifient pas de remettre toutes les ambulances à neuf. L'important est de bien cibler quels véhicules sont de bons candidats et d'intégrer cette option dans une stratégie globale de gestion du cycle de vie.

Cela implique d’évaluer l’âge et l’état de l’aménagement, le kilométrage et l’historique d’entretien du châssis, les coûts de remise en état prévus, le temps d’immobilisation, les besoins de remplacement et la disponibilité d’équipementiers qualifiés.

Surtout, les gestionnaires ont intérêt à se rappeler qu'une ambulance qu'on retire de la route peut encore en avoir beaucoup à offrir.

Comme le résume M. Fortin, avant d’envoyer une ambulance à l’encan ou de la réformer, « prenez le temps de bien l’examiner, car bien souvent, la boîte est encore en très bon état. »

Et pour quiconque craint qu’une ambulance remise à neuf ait l’air d’un vieux véhicule, M. Fortin offre un argument très simple. Lors d’un salon professionnel en 2025, son entreprise a exposé une unité remise à neuf au lieu d’un modèle neuf.

« La plupart des gens ne se sont même pas rendu compte qu’il s’agissait d’une unité remise à neuf », conclut-il. « Ils ne voyaient pas la différence entre un véhicule neuf et un véhicule remis à neuf. »

Pour les gestionnaires aux prises avec un parc vieillissant et des budgets serrés, la remise à neuf gagne définitivement à être connue.

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