De la tragédie à la transformation
Comment Danos a rebâti la culture de sécurité de son parc automobile.
En 2012, Danos — une entreprise de services énergétiques familiale de troisième génération active partout aux États-Unis — a décroché un important contrat avec une société gazière et pétrolière. Cette nouvelle affaire a transformé l'exposition du parc de Danos.
Ce qui avait commencé comme une modeste exploitation de 20 à 30 camions s'est rapidement transformé en un réseau dispersé sur plusieurs États, opérant souvent dans des zones difficiles d'accès. Contrairement aux activités traditionnelles de Danos, où rien n'échappait à l'œil des responsables, ces nouveaux actifs évoluaient loin de toute supervision directe.
« Nous pensions avoir un bon programme, » affirme John Bigler, responsable de l'assurance qualité et des actifs chez Danos. « La télématique, les politiques, les alertes — tout était en place. »
Mais un élément crucial manquait et un accident mortel, qui aurait pu mener à un jugement colossal, l'a révélé brutalement.
« C'est là que tout a basculé, » dit M. Bigler. « Nous avons dû nous poser la question : qu'est-ce qui s'est passé ? On avait la technologie. Pourquoi elle n'a pas empêché ce drame ? »
La technologie sans responsabilisation
Comme bien des parcs automobiles, Danos avait investi tôt dans la télématique. Des alertes pour excès de vitesse, événements brusques et violations du port de la ceinture de sécurité parvenaient déjà aux téléphones des gestionnaires. Mais les alertes seules ne suffisaient pas.
« La politique était claire sur ce qu'on allait faire, » explique M. Bigler, « le problème, c'est qu'on ne le faisait pas. »
Les gestionnaires recevaient des notifications, mais il n'y avait pas de rôles clairement définis, pas d'échelle de mesures correctives et aucune structure de responsabilisation. Lorsqu'un conducteur dépassait la vitesse permise, que se passait-il ? Qui décidait ? Quelles en étaient les conséquences ? Rien n'était standardisé.
La superviseure du parc automobile de Danos, Katie Smith, qui travaille aux côtés de M. Bigler, ajoute que le système de télématique lui-même faisait partie du problème. « On a accepté les paramètres par défaut, comme si c'était une solution universelle, » dit-elle.
Les alertes s'accumulaient, souvent causées par les conditions du terrain en milieu pétrolier. Les gestionnaires étaient débordés et l'essentiel se noyait dans le bruit.
Réécrire les règles du jeu
À la fin de 2022, tout a été revu. La politique de sécurité du parc a été reprise à zéro : rôles et responsabilités clairement définis, mesures correctives standardisées, règles formalisées et approuvées par les vice-présidents principaux.
Tout dépassement de seuil entraînait une réponse claire : coaching, rapports, formation, probation — voire retrait des privilèges de conduite.
« Il fallait rester ferme, » dit M. Bigler. « Les opérations devaient avoir le courage de prendre les décisions difficiles. »
Danos a également simplifié sa gestion des alertes télématiques. Plutôt que de réagir à chaque notification, l'entreprise a ciblé deux comportements : la vitesse et le port de la ceinture.
« Nous nous sommes dit que si nous ne pouvions pas prévenir chaque accident, nous pouvions en réduire la gravité, » explique Mme Smith.
L'entreprise a fixé ses propres paramètres. Les conducteurs doivent respecter les limites affichées, mais l'intervention télématique se déclenche à un seuil défini. Le conducteur reçoit d'abord une alerte en cabine. Sans correction, le gestionnaire est notifié et doit rappeler sans délai.
Même logique pour la ceinture. Si un véhicule dépasse 10 mi/h sans que la ceinture soit bouclée pendant une durée définie, les gestionnaires sont avertis. « On ne fait pas de reproches, » dit M. Bigler. « On coache. Mais on appelle à chaque fois. »
Éliminer la subjectivité grâce à la surveillance des dossiers de conduite
La réforme de la télématique n'était qu'une partie de la solution. Danos a également mis en place une surveillance continue des dossiers de conduite (MVR) pour environ 900 conducteurs.
Pour éviter les vérifications ponctuelles et les décisions subjectives, l'entreprise a instauré un système de points basé sur les critères de l'assureur :
- Infractions mineures au Code de la route : 2 points
- Infractions modérées au Code de la route : 3 points
- Infractions graves au Code de la route : 6 points
Dès que le seuil de 6 points est franchi, les privilèges de conduite sont suspendus, jusqu'au retour sous la limite acceptable.
« Il n'y a plus de subjectivité, » dit M. Bigler. « C'est le système qui décide. »
Aucune carte de carburant ni clé de véhicule n'est remise avant confirmation du dossier de conduite. Toute infraction est signalée à l'équipe du parc en général dans les cinq jours.
L'importance de l’engagement des dirigeants
M. Bigler est catégorique : rien de tout cela n'aurait fonctionné sans l'engagement de la direction. Chaque mois, le PDG et les vice-présidents passent en revue un rapport détaillé sur le parc, qui comprend :
- Le kilométrage total parcouru (15,3 millions de miles au cours de la dernière année)
- La fréquence et la gravité des accidents
- Les taux d'accidents et d'infractions télématiques par million de miles
- Les comparaisons d'indicateurs de performance (ICP) clés depuis le début de l'année
« Quand c'est important pour votre patron, ça devient important pour vous, » dit M. Bigler.
Les indicateurs de sécurité font partie des ICP de la direction. Chaque tendance est analysée et chaque hausse soudaine, investiguée.
Les résultats financiers parlent d'eux-mêmes : les coûts liés aux accidents (dommages matériels et blessures corporelles confondus) ont chuté de 82 % entre 2023 et 2025.
Bien que le nombre total d'accidents ait diminué d'environ 20 % en deux ans, le véritable changement réside dans la gravité des incidents. Les accidents graves ont cédé la place à des incidents mineurs, comme des petits accrochages et des collisions avec des animaux. « C'est là toute la différence, » dit M. Bigler. « Nous réduisons la gravité. »
Du réactif au proactif
En 2024, Danos a ajouté un nouvel outil à son arsenal : le renforcement positif.
Le concours « Drive for Safety » récompense les conducteurs qui terminent un mois ou une année complète en maintenant :
- Zéro infraction télématique
- Zéro accident
- Un dossier de conduite vierge
- Aucune formation corrective
Les gagnants régionaux mensuels participent à un tirage au sort pour remporter 500 $. Les candidats qualifiés pour le tirage annuel courent la chance de gagner le grand prix de 5 000 $.
Au-delà de l'argent, les gagnants reçoivent vestes, lettres officielles et reconnaissance publique dans les communications de l'entreprise. Le PDG appelle personnellement chaque gagnant et se déplace en personne pour remettre le grand prix annuel.
« Ce n'est pas qu'une question de négatif, » dit Mme Smith. « On célèbre aussi ceux qui donnent le bon exemple. »
Le changement de culture est palpable. Des conducteurs appellent maintenant pour savoir si un incident mineur les disqualifie.
Intégration et visibilité des données
Danos a également misé sur la consolidation de ses systèmes. Carburant, télématique, entretien, rapports : tout a été regroupé en une plateforme unifiée de gestion du parc, grâce à Holman.
« Holman a joué un rôle important dans notre succès, » dit M. Bigler.
« Avant Holman, on jonglait avec six ou huit programmes différents, » ajoute Mme Smith. « Rien n'était centralisé, et obtenir l'information prenait un temps fou. »
Avant, rassembler les données annuelles dans de multiples portails prenait des semaines. Maintenant, quelques jours suffisent. « On ne peut pas gérer ce qu'on ne peut pas mesurer, » dit M. Bigler. « Avoir une vue d'ensemble claire, voilà ce qui a fait la différence. »
Conseils pour les autres parcs automobiles
Pour les professionnels du parc automobile souhaitant reproduire les résultats de Danos, M. Bigler et Mme Smith mettent l'accent sur cinq principes fondamentaux :
- Commencer par le sommet. L'engagement des dirigeants doit être clair et continu.
- Définir la responsabilisation. Les alertes sans mesures d'action définies ne servent à rien.
- Miser sur la réduction de la gravité. Cerner les comportements qui comptent le plus.
- Éliminer la subjectivité. Utiliser des systèmes de points et des ICP pour standardiser les décisions.
- Procéder par étapes. Aborder la télématique, les dossiers de conduite, la formation et les politiques un à un.
« Comment manger un éléphant ? Une bouchée à la fois, » rappelle M. Bigler.
Derrière tout ça, M. Bigler ne perd jamais de vue ce qui a tout déclenché. « La pire chose que vous ayez à faire, c'est d'annoncer à une famille que son proche ne rentrera pas à la maison, » dit-il. « Cette douleur-là, on ne veut pas la revivre. »
Pour Danos, la sécurité du parc est devenue une discipline à part entière, mesurable et portée par la direction, fondée sur un principe simple : une alerte sans réponse ne vaut rien.


