Quand la marche au ralenti n’est pas optionnelle
De nouvelles options permettent de moins solliciter le moteur sans compromettre la performance.
Si la marche au ralenti a longtemps semblé inévitable, elle représente aujourd'hui un levier d'optimisation majeur pour les parcs soumis aux pressions économiques et environnementales.
La question n'est plus de savoir s’il faut réduire le ralenti, mais à quel point on peut le faire intelligemment. Comme le carburant est une dépense majeure soumise aux aléas géopolitiques, chaque litre brûlé inutilement nuit autant à votre rentabilité qu'à vos objectifs de durabilité.
De l’argent jeté par les fenêtres
Le gaspillage financier lié à une marche au ralenti mal surveillée est frappant. « Le ralenti pèse lourd dans la consommation de carburant de tous les types de flottes, avec une moyenne d’une à deux heures, sinon plus, par jour d’exploitation », explique Charlotte Argue, directrice principale, Mobilité durable chez Geotab.
Mme Argue souligne que Geotab surveille de près l’évolution du prix du carburant et ses répercussions sur les parcs de véhicules. « Notre analyse de 3 millions de véhicules à essence et au diesel en Amérique du Nord, réalisée entre mars 2025 et février 2026, montre que les camions passent environ le tiers de leur temps d’utilisation au ralenti, alors que pour les voitures et les fourgonnettes légères, ce ratio atteint le quart du temps. En moyenne, un camion lourd brûle 3,8 litres par heure au ralenti, comparativement à environ 1,4 litre pour une voiture. »
Gros camions, gros problèmes
Avec l’envolée du prix du diesel, une consommation de 3,8 L/h pèse lourd dans le budget des flottes de camions. Cependant, la marche au ralenti n’est pas toujours une mauvaise habitude à corriger par la formation des conducteurs. Dans bien des cas, le moteur doit tourner pour fournir l’énergie nécessaire aux équipements de travail sur le terrain.
« La marche au ralenti excessive représente un enjeu majeur pour de nombreux parcs spécialisés », souligne Pete Petrizzo de chez Holman. « Selon le rôle du véhicule, ces heures passées au ralenti chaque jour se traduisent vite par une facture de carburant salée et une usure prématurée du moteur. »
M. Petrizzo reconnaît que la plupart des outils essentiels dont dépendent les travailleurs de première ligne — comme les compresseurs d’air, les systèmes hydrauliques, les prises de mouvement (PTO), les grues, les nacelles et même l’éclairage de chantier — forcent souvent le moteur à tourner pour alimenter ces équipements. « Dans bien des cas, ce n’est pas du ralenti inutile, mais plutôt un ralenti dicté par l’équipement », précise-t-il.
Solutions pratiques
Heureusement, plusieurs options viables permettent d’alimenter l’équipement sans abuser de la marche au ralenti, selon M. Petrizzo. « Cela dit, les gestionnaires de flottes devront évaluer divers facteurs, comme la nature du travail, la taille du véhicule et l'équipement requis, pour déterminer la solution idéale selon le scénario », ajoute-t-il.
Voici quelques options disponibles, ainsi que leurs avantages et leurs inconvénients, selon M. Petrizzo :
- Systèmes auxiliaires au lithium-ion : De plus en plus prisés, ils offrent une puissance propre et robuste, sans bruit ni émissions. Bien que leur coût initial soit plus élevé, ils se distinguent par leur longévité et leur recharge rapide.
- Onduleurs et chargeurs (batteries AGM ou au lithium) : Une excellente solution, souvent rentable, pour les charges électriques légères. Ils fonctionnent bien dans certains contextes, mais ne sont pas adaptés aux équipements hydrauliques lourds.
- Systèmes ePTO (prise de mouvement électrique) : Idéaux pour les camions-nacelles et l'équipement hydraulique. Ils réduisent radicalement le ralenti sur les chantiers, mais exigent une planification et une ingénierie rigoureuses lors de la commande pour s'assurer qu'ils correspondent à l'application prévue.
Impact sur la marche au ralenti
Si l’implantation de telles solutions améliore nettement la rentabilité, la réduction réelle du ralenti dépend de l’usage qui en est fait. Plutôt que de viser l’élimination totale, M. Petrizzo suggère d’utiliser ces technologies pour réduire le ralenti là où c’est le plus réaliste et efficace, selon les besoins propres à votre flotte.
« Dans bien des usages spécialisés, ces systèmes éliminent une grande partie du ralenti sur les chantiers », ajoute-t-il. « Puisqu'un camion de service peut brûler près de quatre litres de carburant à l'heure au ralenti, réduire ce temps de seulement quelques heures par jour génère des économies de carburant majeures et mesurables lorsqu'on les calcule sur une année complète d'exploitation. »
Réduire le temps de ralenti préserve le moteur et espace les entretiens préventifs, tout en limitant les bris mécaniques qui y sont souvent associés. « L’effet combiné des économies d'essence et de maintenance réduit de façon spectaculaire les coûts d’exploitation sur le cycle de vie complet du véhicule », ajoute M. Petrizzo.
Travailler avec le bon partenaire
Régler efficacement le problème du ralenti dans un parc de camions est loin d’être une simple solution clé en main. C’est pourquoi M. Petrizzo suggère de consulter des experts pour obtenir des conseils stratégiques, plutôt que d’essayer de tout faire soi-même.
« Mon meilleur conseil aux exploitants est de bien faire leurs devoirs et de s'allier à un spécialiste de l'aménagement qui maîtrise ces technologies alternatives », affirme M. Petrizzo. « L'ingénierie derrière ces systèmes peut être complexe selon l'usage, vous aurez donc besoin d'un partenaire stratégique pour choisir la bonne option, puis concevoir une configuration sur mesure pour vos besoins. »
Pour les gestionnaires de flottes d’aujourd’hui, gérer la marche au ralenti n'est plus une simple question d'économie de carburant. Il s’agit de débloquer des gains opérationnels en matière d’efficacité énergétique, d’entretien et de longévité des actifs.
En réalité, même si une part du ralenti reste inévitable, il est possible d'en éliminer une grande partie grâce à une combinaison de technologie, de spécifications rigoureuses et de partenariats stratégiques. Les gestionnaires qui misent sur une approche proactive basée sur les données réaliseront des économies immédiates, tout en préparant leur parc aux nouvelles exigences de durabilité et de réglementation.
Dans une industrie où les marges sont serrées et où la performance compte, la réduction de la marche au ralenti est l’une des mesures les plus pratiques et les plus percutantes qu’une flotte puisse prendre.


