VÉ d’urgence
Nous sommes désormais habitués à voir circuler des véhicules hybrides et électriques sur nos routes. Mais lorsqu’il est question de véhicules d’urgence électrifiés, l’idée paraît encore futuriste, presque irréaliste. La question est inévitable : que se passerait-il si une voiture de police, une ambulance ou un camion de pompiers tombait en panne de batterie en pleine intervention ?
À cela, Joe Korn, consultant en durabilité chez Holman, répond sans hésitation : « C’est possible, et certains parcs le font déjà. »
Il souligne toutefois que ces solutions ne conviennent pas à toutes les situations. Selon lui, l’électrification peut être idéale dans certains cas, mais il ne recommande pas de convertir l’ensemble des véhicules d’urgence.
Véhicules de police
Selon M. Korn, une grande partie des véhicules de police gagneraient à être hybrides, voire entièrement électriques. La seule exception concerne les voitures utilisées pour les poursuites à grande vitesse.
Si de nombreux gestionnaires hésitent encore à franchir le pas, c’est souvent au nom du sempiternel « on a toujours fait comme ça », observe M. Korn. Pour lui, c’est avant tout une question de mentalité. Les gestionnaires passent en revue une multitude de scénarios liés à l’usage du véhicule et, bien souvent, leurs décisions restent influencées par l’émotion, surtout lorsqu’il s’agit de voitures de police.
Plusieurs modèles électriques sont déjà utilisés par certains corps policiers, comme la Tesla Model Y, le Ford Mach-E ou le Chevrolet Blazer EV. Dans sa version Police Pursuit Vehicle, ce dernier offre une autonomie de plus de 465 km et une vitesse de pointe de 208 km/h, des performances qui répondent largement aux besoins opérationnels de nombreux services de police.
Quant aux équipements auxiliaires tels que gyrophares, sirènes, ordinateurs et autres systèmes, M. Korn affirme que la surconsommation n’est plus un problème.
« Autrefois, ces équipements consommaient énormément d’énergie », explique-t-il. « Il fallait de gros alternateurs et laisser tourner le moteur en permanence pour produire assez de courant. Aujourd’hui, avec l’utilisation de LED, les besoins électriques sont nettement réduits. »
Ambulances électriques
Pour beaucoup de gestionnaires de parc, passer directement du thermique à l’électrique paraît trop ambitieux. Certains voient donc dans l’hybride une étape intermédiaire vers une électrification complète. Mais M. Korn nuance cette idée : même si la démarche semble logique, elle n’est pas toujours possible. Pour les ambulances, précise-t-il, les constructeurs n’offrent pas de systèmes hybrides dans les catégories de véhicules nécessaires à cet usage.
S’il est pratiquement impossible de trouver des camions moyens hybrides, un certain nombre de constructeurs proposent déjà des modèles électriques. Les gestionnaires ont donc davantage d’options lorsqu’ils cherchent un châssis électrique à aménager en ambulance.
« Nous travaillons actuellement avec un réseau hospitalier », précise M. Korn. « Ils nous ont sollicités afin d’obtenir des recommandations pour leurs ambulances. Dans le cas de trajets locaux tels que le transport de patients vers l’hôpital ou entre deux établissements pour des examens, une ambulance électrique peut très bien convenir. »
Camions de pompiers électriques
Les camions de pompiers électriques existent déjà dans certains contextes, mais ils ne constituent pas une solution adaptée à tous les parcs. « Les aéroports se prêtent particulièrement bien à l’utilisation de camions de pompiers électriques », souligne M. Korn. Il précise toutefois que l’électrification demeure coûteuse et complexe, et l’adoption reste limitée, même si certains aéroports ont déjà franchi le pas.
Le principal enjeu vient de la quantité d’équipements qu’un camion de pompiers doit alimenter, ce qui rend l’électrification difficile. Une autopompe municipale, par exemple, doit disposer de l’énergie nécessaire pour projeter des milliers de gallons d’eau et fonctionner pendant plusieurs heures. Dans ce type de situation, un modèle électrique viderait sa batterie bien avant la fin de l’intervention.
« Ce n’est pas parce qu’on peut le faire qu’il faut forcément le faire », rappelle M. Korn. Chaque gestionnaire doit analyser ses besoins réels et déterminer où l’électrique apporte une valeur ajoutée et où le thermique reste incontournable.
Il faut aussi prendre en compte l’investissement initial, les économies possibles en entretien, le coût des infrastructures de recharge et les aides gouvernementales disponibles. Une fois tous ces facteurs intégrés au calcul, le gestionnaire peut décider si l’électrification correspond vraiment aux besoins de son parc.
Bonnes pratiques
Pour les gestionnaires encore hésitants, M. Korn propose quelques pistes. L’électrique s’adapte mieux aux environnements urbains qu’aux zones rurales, où les distances sont longues et où les bornes de recharge se font rares.
Pour la recharge, il recommande d’installer des bornes de niveau 2, une solution plus rentable que les bornes rapides. Les gestionnaires doivent donc tenir compte des temps de recharge dans leur planification. Avec une borne de niveau 2, la durée peut varier de huit à douze heures selon la borne choisie et la capacité de la batterie.
Compte tenu de ces temps de recharge, si le parc doit être mobilisé pour répondre à des urgences, l’électrification n’est sans doute pas la meilleure option. En revanche, si leur utilisation est plus prévisible, par exemple pour des transports planifiés de patients, les temps de recharge peuvent être intégrés à l’organisation quotidienne.
En définitive, s’il devait conseiller un gestionnaire prêt à électrifier son parc d’urgence, M. Korn serait clair : inutile de miser sur les camions de pompiers électriques. Les ambulances peuvent représenter une option intéressante selon leur mission, et il recommande sans réserve l’électrification des véhicules de police.